Jouer, rire, vieillir

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Nos cerveaux vieillissent. Contrairement aux idées reçues, notre cerveau est capable de se régénérer et de progresser tout au long de la vie. Il suffit qu’il reste actif.

Loin des stéréotypes, les jeux vidéo permettent aussi de stimuler notre cerveau de façon aussi originale qu’efficace. Bien souvent, un cerveau qui vieillit est un cerveau qui rétrécit. De manière générale, et surtout au-delà de 60 ans, certaines parties de notre cerveau peuvent perdre jusqu’à 2% de leur taille par an. D’un point de vue biologique, cette perte se caractérise par deux phénomènes. D’une part, nos neurones (cellules du cerveau qui assurent son fonctionnement) voient leur taille et leur nombre diminuer. D’autre part, les vaisseaux sanguins du cerveau (apportant aux neurones les nutriments nécessaires pour leur survie) rétrécissent, voire disparaissent. D’un point de vue psychologique, ces pertes s’associent à une diminution de nos facultés intellectuelles (raisonnement, organisation, mémoire), notre comportement (humeur et personnalité) et nos facultés physiques (vitesse et précision des mouvements).

Un comportement actif aide le cerveau à progresser

Le rétrécissement du cerveau dans le temps dépend de facteurs qui nous sont propres (patrimoine génétique) mais aussi de facteurs dits environnementaux (comportements). Ces derniers rendent notre cerveau plastique, c’est-à-dire modulable. Effectivement, tout ce que nous faisons au quotidien, de la naissance à nos derniers instants, a des effets sur la structure et le fonctionnement de notre cerveau. Par exemple, un comportement sédentaire, faible en stimulations physiques, intellectuelles et sociales, accélère la perte du volume de notre cerveau et donc, son vieillissement. A l’inverse, un comportement actif, ouvert à de nouvelles expériences, stimule le cerveau et augmente son activité biologique. En conséquence, le cerveau créé d’avantages de neurones, améliore leurs connections et augmente son nombre de vaisseaux sanguins. Plus simplement, il va progresser.

Sport et interactions sociales

Une question se pose : comment stimuler efficacement notre cerveau pour qu’il puisse progresser ? Il existe aujourd’hui de nombreuses méthodes. L’activité physique d’endurance est aussi surprenante qu’efficace. A partir d’une intensité d’effort modérée (comme la course à pied pour les adultes ou la marche rapide pour les personnes âgées), l’exercice d’endurance active le cœur, lequel va battre plus vite, plus fort et amener en grande quantité le sang au cerveau. De ce fait, la répétition dans le temps d’exercices d’endurance maintiendra son fonctionnement biologique, condition suffisante pour son développement.

Une autre méthode stimulante consiste à combiner une activité physique à une activité intellectuelle dans une interaction sociale. En effet, plus une activité est riche, plus elle a un impact positif sur le cerveau. C’est d’ailleurs de cette manière que nos enfants se développent. Prenons l’exemple du jeu cache-cache. Lorsque nous nous cachons, nous nous déplaçons rapidement pour atteindre une cachette (comme courir et grimper à un arbre). Nous devons aussi réfléchir. Suis-je non visible (facultés visuelles) ? Est-ce que le compteur connaît cette cachette (mémoire) ? Et suis-je caché plus loin que les autres par rapport à la position du compteur (raisonnement) ? Enfin, nous jouons à plusieurs, échangeons nos rôles et expériences. Les zones nécessaires pour cette tâche vont donc être stimulées et se développer.

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Les jeux vidéo parfaitement adaptés aux personnes âgées

Si l’exercice d’endurance et l’activité combinée sont appréciés et faciles à organiser pour nos enfants et les jeunes adultes, leurs utilisations restent limitées chez les personnes âgées. Par exemple, l’exercice d’endurance est un exercice monotone, long (30 à 45 minutes minimum) et souvent pratiqué dans des endroits inadaptés (bord de route). Ces aspects peuvent, à terme, générer des contraintes, de l’ennui et diminuer notre motivation. Pour l’activité combinée, il existe très peu d’activités adaptées aux personnes âgées pouvant combiner simultanément un challenge physique, intellectuel et social. De plus, les personnes âgées, du fait de leur état de santé, présentent certaines difficultés pour organiser ce genre d’activité (diminution de l’utilisation de la voiture, habitat souvent éloigné des réseaux de transport en communs, vieillissement physique). En conséquence, l’entrée dans l’âge avancé rime souvent avec sédentarité.

De ce constat, l’idéal serait de proposer une activité stimulante pour notre cerveau, motivante, facile d’organisation, guidée et accessible. Loin des stéréotypes, les jeux vidéo peuvent proposer ce type d’activité. De manière générale, ces jeux associent une activité attractive (par le jeu), avec une activité motivante (par l’enjeu). De plus, le scénario de jeu nous guide et nous donne des retours d’informations sur nos actions (bonus, malus, score, victoire, défaites et scores). Enfin, la jouabilité et le niveau de difficulté peuvent être adaptés, notamment aux personnes âgées (remplacement de la manette par notre propre corps par exemple).

Stimulation cérébrale et physique

Toutefois, en quoi les jeux vidéo sont stimulants pour notre cerveau ? D’une part, ils stimulent notre intellect. En effet, les jeux vidéo proposent des challenges intellectuels capables de développer le cerveau, même chez les personnes âgées. D’autre part, les manettes traditionnelles ne sont plus indispensables de nos jours. Nous pouvons jouer avec tout notre corps (systèmes WiiTM et KinectTM) et donc faire de l’exercice physique. Par exemple, si nous devons sauter dans le jeu, nous sautons ; se baisser, nous nous baissons. Plus surprenant, nous pouvons remplacer les manettes par des vélos, rameurs ou tapis de course pour intégrer de l’exercice d’endurance au jeu. C’est le cas du jeu de course de vélo Cybercyle conçu pour les personnes âgées et qui nécessite un vélo d’intérieur spécifique pour évoluer dans le jeu. Enfin, les jeux vidéo rassemblent, soit dans la même pièce, soit à différents endroits grâce au réseau internet.

Un cerveau qui vieillit est un cerveau qui rétrécit. Ce rétrécissement dans le temps dépend de qui nous sommes et ce que nous faisons. Si l’exercice d’endurance et l’activité combinée sont bénéfiques pour notre cerveau, appréciés et faciles à organiser pour les jeunes générations, leurs utilisations restent limitées chez les personnes âgées. Loin des stéréotypes, les jeux vidéo peuvent proposer ces types d’activités, notamment pour les personnes âgées. De par ses propriétés, cette technologie propose une activité intellectuelle, physique, sociale, à la fois motivante et accessible. D’ailleurs l’utilisation du jeu vidéo comme aide à la prise en charge des personnes âgées et / ou fragilisées présente un intérêt croissant dans la recherche scientifique. Rappelons finalement que le jeu vidéo est le premier bien culturel en France. L’âge moyen des joueurs est en constante augmentation : 35 ans en 2012, avec une progression pour les 35 – 49 ans et un doublement pour les plus de 50 ans [5].

A vous de jouer !

Pour aller plus loin

  • 1. Etude d’Erikson et al., 2011
  • 2. Revue de Hertzog et al., 2008
  • 3. Etude de Dustman et al., 1994
  • 4. Etude de Anderson-Hanley et al., 2012 ;
  • 5. Source du Syndicat National du Jeu Video (SNJV )

http://www.snjv.org/fr/industrie-francaise-jeu-video/sociologie-joueurs.h

Grégory Bensadoun

Grégory Bensadoun

Titulaire d'un Master en Préparation Physique et d'un Master Recherche en Sciences du Mouvement, il s'intéresse à l'apport des serious games dans les différents processus de rééducation cognitive et physique.
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